Bus au dos - Tour du monde - info@busaudos.ch


Une attente interminable

C’est un peu démoralisés que nous arrivons à Montréal le 15 juin par un vol direct en provenance de Guadeloupe… En effet, nous devrons attendre un mois (jusqu’au 15 juillet!) l’arrivée de notre container avec notre Lucy. De plus, Séverine a dû laisser sa maman à la fin de l’étape antillaise, la tristesse était de mise. Nous sommes accueillis par une famille pour dix jours, via le site de couchsurfing, qui met en relation des gens ayant un canapé ou un lit disponible et des voyageurs. C’est une solution qui nous permet de faire des économies, car nous n’aurions pas pu nous permettre d'aller à l’hôtel pendant un mois. Cela permet également de faire des connaissances, ce qui est, ma foi, fort agréable.


La famille Houle, Sébastien, Agnës, Camélie et Charlie (ne manque que Zoé, la fille d'Agnës).

Nous passons un agréable séjour chez eux à Terrebonne, dans une banlieue de Montréal. Nous sommes directement dans le bain pour nous habituer à l’accent, aux expressions et aux us et coutumes locales. Par exemple, lorsque nous magasinons (faisons nos commissions), les prix sont indiqués sans taxes (18.5%!), elles sont rajoutées au bas de l’addition. Nous ne trouvons pas ce système très pratique, on ne sait jamais exactement le montant que l’on va payer à la caisse! Une autre particularité au Québec est que tous les anglicismes ont un équivalent français. On ne dit pas mail mais courriel, pas bowling mais salon de quilles, pas softice mais crème glacée molle, pas ...drive mais service au volant, pas jetski mais moto d'eau, pas toboggan mais glissade, pas stop mais ...


Vous aviez deviné juste?

Les affaires s’avèrent rapidement compliquées au niveau administratif. Malgré que nous contactions beaucoup de compagnies d’assurance et de courtiers, il n’est pas possible d’obtenir une assurance pour un véhicule qui n’a pas de plaques québécoises. Nous explorons beaucoup de pistes pour nous sortir de cette situation, mais ça reste complexe. Une des possibilités envisagées consiste à s’adresser au BAC (Bureau d’Assurances du Canada), qui peut contraindre une assurance à nous accepter, mais avec une couverture très basse. Nous finissons quelques semaines plus tard par obtenir une réponse positive d’une assurance en Californie qui nous couvre pour le Canada (Sathers, assurant notamment des voyageurs comme nous). Malheureusement la couverture est également basse, mais elle est moins chère que ce qu’on nous a proposé par l’intermédiaire du BAC.

Durant ce début de séjour, nous nous rendons à la compagnie maritime afin de récupérer les documents pour préparer l’arrivée de notre container. Nous tombons sur une dame sympa qui fustige quelque peu ses collègues d’Equateur. En effet, une adresse au Canada est requise pour ces documents alors que celle y figurant est notre adresse en Suisse. Elle se charge de faire modifier cela par le bureau en Equateur. En outre, nous avons payé un peu trop au départ de Guayaquil (env. 100 US$), elle nous aide à nous faire rembourser la différence.

Après ce premier séjour chez la famille Houle, nous passons une semaine, du 25 juin au 2 juillet, chez une nouvelle famille, la famille Bouchard, habitant une autre banlieue de Montréal, Longueuil. Ce deuxième séjour est également très agréable. Le chef de famille nous explique qu’il a déjà traversé deux fois le Canada et nous donne des conseils pour notre traversée. Nous profitons pour continuer à suivre notre administratif et à planifier la suite du voyage, après le Canada.


La famille Bouchard, Claudette (la maman de Stéphane), Stéphane, Karine et leur bébé Camille.

Puis, nous sommes accueillis par François, que Benj avait rencontré en France lors d’un stage de pêche. Il a depuis émigré au Québec, où il travaille depuis une année environ. Il est installé en campagne, au bord du lac St-François, à environ 1h30 de Montréal. Ça nous fait du bien de nous retrouver à l’extérieur de la ville. Nous dormons sous tente, son appartement n’étant pas assez grand pour loger tout le monde. Peu de temps après être arrivés chez lui, nous avons une mauvaise nouvelle qui nous tombe dessus, notre container est retenu par les douanes à Rotterdam pour être scanné, à ce que la compagnie maritime nous dit (nous nous demandons encore si les Equatoriens leur ont fait parvenir le document avec l’adresse au Canada à temps!). De ce fait, le container n’a pas pu reprendre le navire qu’il devait et nous devons attendre une semaine de plus, soit jusqu’au 22 juillet… Grrrrr! Heureusement, et nous l’en remercions, François nous permet de rester chez lui pour une semaine supplémentaire. Lui et Benj partent une fin de semaine (weekend pour les Québécois) pêcher le saumon dans une rivière un peu plus au nord de Québec.


La rivière du Gouffre.

Ils n’y prennent rien, même si quelques saumons sont venus taquiner leurs mouches, mais au moins ça fait plaisir de faire une sortie pêche en attendant le bus. Après presque deux semaines chez lui, du 2 au 15 juillet, nous retournons à Montréal préparer l’arrivée du bus. François nous a hébergés, et financés pour la nourriture, argumentant que nous lui avons fait à manger et la vaisselle et que de toute façon il aurait payé autant au resto! Encore un immense Merci pour son hospitalité!


Avec François.

Nous sommes à nouveau en couchsurfing chez une nouvelle famille, les Bilinski. Ils habitent proche du centre de Montréal, dans un quartier pluriethnique regorgeant de petits magasins de tous horizons, indiens, pakistanais, grecs, arabes,… Sous les conseils avisés de Robert, nous découvrons ces petits magasins avec beaucoup de plaisir, sans compter que les prix pratiqués y sont en général moins chers que dans la grande distribution.


Les globe-trotters (squatters) avec Robert.

Le jeudi 18 juillet, nous passons aux douanes où on nous explique qu’ils ne peuvent rien faire tant que le navire n’est pas à quai. La compagnie maritime nous avait pourtant dit que nous pouvions y passer… Le douanier nous dit qu’il faut repasser la semaine prochaine, qu’ils nous appelleront… Le lundi 22 juillet, c’est l’effervescence, le Maersk Patras (qui trimballait notre container depuis Rotterdam) a mouillé à 4h53 au port de Montréal! A 10h, n'ayant toujours pas reçu de coup de fil, nous décidons de passer à leur bureau pour tenter de dédouaner Lucy. Et là, c’est la douche froide. Le container est en retenue douanière en attendant une inspection pour contamination par de la terre (alors qu'envoyé depuis le même continent), qui pourrait être faite « dans la semaine, peut-être », selon la douanière, incapable de nous donner la date précise! On se croirait dans un cauchemar, ils bossent encore moins vite et nous renseignent moins bien qu’en Amérique du Sud, ces Maudits Calice de Christ de Tabernacle de douaniers montréalais! L’après-midi, nous nous rendons au port pour tenter d’obtenir de plus amples informations, mais nous nous retrouvons sur place à faire des kilomètres pour rien.

Les jours suivants, comme en fait ils ne peuvent pas appeler un téléphone étranger et ne communiquent pas par courriel, nous appelons les douanes régulièrement pour savoir quand sera réalisée l’inspection, et si elle a été faite, toujours sans succès.

La déception est amère et l’épuisement moral commence à devenir également physique. Notre shipping a pris beaucoup plus de temps que prévu (plus de 2 mois en tout, alors que c’est possible en 3 semaines!) et nous subissons la deuxième retenue douanière pour ce trajet! La durée de notre séjour au Canada fond comme neige au soleil, il nous reste à peine deux mois et demi, alors que nous en avions planifié quatre! Et rien ne sert de prolonger, car nous avons prévu de quitter le Canada au début de l’hiver et nous ne pouvons pas décaler toute la suite du voyage. Pour finir, nous apprenons le jeudi via la compagnie maritime que le contrôle aura lieu mardi 30 juillet. Les journées de jeudi et vendredi ainsi que le week-end n'en finissent pas. Nous passons le samedi après-midi à balader jusqu'au parc de la Merci et à l'île Perry.


La vue sur la rivière des Prairies depuis l'île Perry.

Le dimanche, nous nous préparons pour notre ultime déménagement, nous espérons! Robert, qui nous a accueillis très agréablement et très sympathiquement ces deux dernières semaines, ne peut plus en raison de sa situation familiale compliquée. Nous le comprenons très bien, nous sommes déjà restés presqu'une semaine de plus que prévu que chez lui et ne pouvons lui donner une date précise pour notre départ. Lundi 29 juillet au matin, branle-bas de combat, ces fichus douaniers réclament la clé du bus pour inspecter l'intérieur alors que l'administration des douanes en ville nous avait dit qu'ils n'en avaient pas besoin et que, si une inspection intérieure devait avoir lieu, elle serait pratiquée dans un second temps au port! Heureusement, Robert qui avait accepté de nous amener à notre nouveau logement fait un crochet par le bureau des douanes du port. Merci à lui. Nous arrivons en fin de matinée chez Bobby Jeffrey, notre nouvel hôte. Il habite dans un quartier peu éloigné du port. Nous sommes très bien reçus par ce cinquantenaire très enthousiaste du couchsurfing, son appartement est rempli de couchsurfers. Nous sommes sept à dormir chez lui ce soir.


En compagnie de Bobby.

Nous patientons l'après-midi durant dans l'attente de nouvelles puisque le contrôle semble avoir été avancé d'un jour mais en vain. Au cours de la matinée du lendemain, la compagnie maritime nous informe que le contrôle (sanitaire et intérieur) a été passé avec succès, que nous pouvons aller dédouaner le bus au bureau des douanes en ville et payer les frais exorbitants, s'élevant à plus de 1000 dollars, inhérents à ce contrôle! De fait, les containers sont sortis du port et amenés en camion au dépôt des douanes où ils sont déchargés par une entreprise privée sous-traitante, contrôlés par les douanes puis rechargés par la dite entreprise, amenés à leur dépôt puis finalement ramenés au port. Quel bordel! C'est scandaleux, d'autant que le contrôle en lui-même est gratuit. C'est au pas de course que nous allons donc en ville faire dédouaner le véhicule. Sur place, nous devons poireauter 1h30 avant que les tampons soient faits. Puis, la preuve de paiement apportée à la compagnie maritime (le sous-traitant facture à cette dernière), l'employée avec laquelle nous traitons nous dit que le container n'a pas encore été ramené au port depuis le dépôt de l'entreprise sous-traitante. Peu convaincue, l'employée de nous dire que ce sera peut-être encore fait dans l'après-midi. Nous décidons de déjà nous rendre au port au cas où. Au terminal, une dame au guichet où nous nous enquerrons de la situation nous répond que le container n'est toujours point revenu au port et nous demande si nous avons pris rendez-vous pour le "destuffing" (dépotage) car il ne s'en passe pas le mardi (le terminal en pratique seulement le lundi et le mercredi!). Nous lui expliquons que nous avons discuté trois fois au téléphone avec le responsable du terminal qui nous a dit de venir directement une fois le dédouanement fait. A ce moment-là, le bonhomme en question posté un peu en arrière dans le bureau, entendant parler de lui, se ramène vers nous et commence à nous engueuler comme du poisson pourri en jurant les grands dieux que nous ne l'avions jamais eu au téléphone, qu'il fallait écrire un mail. Nous lui expliquons que nous avons également fait le mail requis. Toujours aussi agressif, il nous enjoint de le suivre à son bureau. Il commence à se calmer lorsque la dame du guichet lui apporte une copie du courriel que nous avions envoyé. Se sentant alors tout bête et se rappelant peut-être les téléphones, il est obligé de nous planifier le dépotage pour le lendemain matin puisque nous avons entre deux appris que le container serait de retour. Nous ne nous étions pas trompés en devinant en le voyant que c'était ce gaillard déjà fort sympathique eu au téléphone!

Nous profitons pour commencer à régler avec un employé de la sécurité les formalités pour entrer le lendemain au terminal. Qu'il est dégourdi et son collègue c'est pas mieux! Cela dure des plombes et en plus il faudra finir ces accréditations le lendemain. Plus rien ne peut être fait aujourd'hui, nous rentrons alors chez Bobby à pied.

Le lendemain, mercredi 31 juillet, tôt le matin, nous partons au port. Cette fois, nous espérons vraiment que c'est la dernière et que le container y sera comme prévu dans la matinée. En premier lieu, passage à la sécurité. Nous devons y poireauter jusqu'à ce que le container arrive au port en fin de matinée. En outre, le chef des gorilles ne donne pas l'autorisation à Séverine d'entrer dans le terminal alors que la veille les agents avaient dit que nous pourrions y aller les deux. Ca l'énerve et elle s'en retrouve très deçue. Benjamin escorté du macho peut enfin aller récupérer Lucy puis, encadré de deux voitures avec les gyrophares, retrouver Séverine à l'extérieur.


Sous bonne garde...

Nous constatons qu'il manque nos sangles et deux cales et que seuls un sac et une armoire ont été contrôlés, que de temps mis pour une vérification si sommaire! Le macho nous dit d'aller aux douanes du port les réclamer. Là-bas, les douanes nous disent qu'il faut régler cela en allant à l'entreprise sous-traitante. Nous en avons marre. Pour finir, la douanière au guichet fait venir un bonhomme de cette entreprise. Il commence par nous engueuler et veut savoir qui nous a fait venir ici, car c'est un lieu secret! Nous lui expliquons le problème. Il ne conteste pas en nous indiquant qu'en fait la boîte garde les sangles car en général les gens ne les réclament pas. Ca s'appelle du vol. Il ne retrouve plus les nôtres mais nous en apporte d'autres en remplacement. Cette fois, tout est réglé. Nous pouvons aller chercher nos affaires chez Bobby, le remercier, tout mettre dans le bus et enfin, dans un état difficile à décrire, sans qu'il ne soit possible d'être euphoriques, quitter cette ville de Montréal que nous assez (trop) vue. L'aventure peut reprendre... direction la Gaspésie, une péninsule à l'est du Québec. Nous passons à côté de la ville de Québec par l'autoroute et, en fin de journée, nous arrêtons un peu après en forêt. Nous retrouvons peu à peu nos marques et avec plaisir notre lit, morts de fatigue!



Suite au prochain épisode! Matagami, Québec, le 23.08.2013