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Epilogue d’un tour du monde de deux ans

C’est moi Kawaï, le célèbre quadrupède poilu, dont les maîtres ont fait le tour de la planète pour venir me chercher jusqu’en Mongolie, qui prend la plume pour ce difficile exercice de l’épilogue. Encore que la plume je préfère bien plus jouer avec et, si le détenteur la porte encore, c’est encore plus drôle. Mais je n'ai pas seulement apporté ma patte pour cet épilogue mais aussi durant cette épopée depuis que j'en ai fait partie.


Mon aide.

Mes maîtres ont réalisé ce que certains appelleraient le voyage d'une vie. Ils ont vécu plein de moments de bonheur, de plaisir, mais aussi de galères, qui font partie du voyage… Ils ont voyagé 22 mois durant, parcouru et découvert une vingtaine de pays à travers 4 continents (Argentine, Chili, Bolivie, Pérou, Equateur, Martinique, Dominique, Guadeloupe, Canada, (USA), Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande, Australie, Malaisie, Japon, Russie, Mongolie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchéquie, Allemagne).

Après ce périple, Lucy, ma niche roulante, a englouti pas loin de 10'000 litres de carburant et affiche au compteur près de 80'000 km de plus que lorsqu’ils sont partis de Suisse, presque deux fois le tour de la Terre! En fait, elle n'a roulé que 16 mois, 6 s’étant écoulés entre les shippings, les attentes pour récupérer ce qui deviendra ma niche et le retour provisoire en Suisse. C’est surprenant, je suis un chien savant, je n’en crois pas ma calculette. Sans compter les kilomètres qu’ils ont parcourus en avion, bateau, voiture de location et à pied et ceux parcourus par ma niche lorsqu’ils l’ont mise dans des boîtes en ferraille sur de gros bateaux.


Une mise en container: préparation de la suite du voyage.

A les entendre parler, j’aurais bien voulu être de la partie en Amérique du Sud. De superbes paysages dans lesquels j’aurais pu gambader. Toutes sortes d’animaux que j’aurais pu poursuivre. De la bonne nourriture. En tout cas pour eux car pour moi les fruits péruviens ne valent pas un os! Le Pérou et le Chili, ils aimeraient bien y retourner. J’espère qu’ils m’y emmèneront une fois. Ils avaient entendu que ce continent était dangereux et risqué. En évitant les zones délicates, comme on le fait dans d’autres villes ou régions du monde, il n’en est rien.


Paisible guanaco.

Ils ont goûté à une grande variété de climats. Du vent tempétueux de Patagonie à la chaleur écrasante du bush et du désert australiens. De la pluie de l’ouest canadien, de la Nouvelle-Zélande et du typhon Neoguri au Japon à l’humidité extrême de Malaisie en passant par le froid glacial de Sibérie et l’atmosphère très sèche des hauts plateaux boliviens. De la moiteur du bassin amazonien à la fraîcheur des Andes. He bien moi, je n’aurais pas voulu être sous la pluie canadienne ou néo-zélandaise, déjà que l’épisode de pluie en Russie ne m’a guère plu.


Sous la chaleur australienne…

De même, ils ont goûté à une grande variété de mets locaux, souvent inconnus. Légumes, fruits, tubercules, pains, viandes, sans oublier les douceurs. Parfois délicieux, parfois infectes ou peu ragoûtants. Ils se sont également régalés de ce que la nature leur offrait. Poissons, baies, fruits, champignons, plantes, comme les udos au Japon. Ils ont néanmoins constaté que la malbouffe, et les fast-foods sont présents à outrance dans certains des pays visités.


Stand de brochettes en Malaisie.

Ils n’ont pas eu d’accident si ce n’est une ou deux touchettes sur des murets et le porte-bagages plié contre un arbre en Mongolie. Ils ont évité tous mes congénères sur les routes. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls qu’ils ont dû éviter, entre les deux-roues brûlant le pavé en de nombreux endroits de la planète, les poids-lourds maintenant des rythmes effrénés, les automobilistes distraits et/ou inconscients, sans parler du bétail ou de la faune locale allant parfois jusqu’à se jeter devant leurs roues!


Trafic péruvien.

Même avant que je ne monte la garde dans mon nouveau chez-moi, ils n’ont pas eu de gros problème avec les bipèdes (attaque, rançonnement, enlèvement, ou pire). La plus grosse alerte eut lieu en Russie lorsqu’ils furent retenus une matinée entière par des troufions au bord de l’Amur, « une zone spéciale de la Fédération de Russie ». Mes deux humains favoris sont des durs à cuire. Quelques engueulades et arnaques qu’ils ont souvent déjouées et des malentendus, dus généralement à la langue, ont également rythmé le voyage. Ils ont réussi à déjouer les tours des flics ripoux, des militaires corrompus, à passer entre les gouttes des contrôles des forces de l’ordre véreuses.


Je monte la garde!

De manière générale, ce sont dans les pays pauvres qu’ils ont été le mieux accueillis, le mieux servis. Une exception, le Japon où ce fut un délice pour eux de séjourner, le seul pays où les douanes organisèrent tout afin qu’ils récupèrent la niche à roulettes. Du jamais vu. Quant à moi, étant donné que mes semblables y sont choyés, j’aurais à coup sûr été une star avec mon nom au pays des mangas et des mascottes. Dans les autres pays riches, Canada et Australie en tête, l’accueil envers l’étranger fut moins fantastique, même s'ils sont parfois tombés sur des gens charmants. C’est également dans les pays riches qu’ils ont eu le plus de difficultés administratives. A Montréal, par exemple, lors de la récupération de ma niche. Les douanes les traitèrent comme des moins-que-rien, sans hésiter à leur mentir et à les balader pendant des jours.


On se plie néanmoins parfois en quatre pour mes maîtres.

Ils sont rentrés riches de moult nouvelles compétences acquises au fil de la route. Dans différents domaines comme le maritime (5 shippings), la linguistique (6 langues apprises ou améliorées : espagnol, anglais, malais, japonais, russe et mongol), l’informatique, la logistique, la débrouillardise, la mécanique (1 embrayage, 1 moteur, 1 boîte à vitesses, 2 ampoules de phares, 4 joints de turbo, …). Il y a encore et toujours quelques réparations et entretiens à faire et mes maîtres parlent déjà de "homestaging", "relooking", améliorations possibles, ils sont fous de leur monture! Ils ont également dû jongler avec les différents taux de change, les propulsant parfois multimillionnaires du jour au lendemain, mais ça n’a jamais duré plus que jusqu’au passage de la frontière suivante!


Réparation de brousse.

Ils ont pu constater que le coût de la vie est en général bien moins cher ailleurs sur la planète que dans leur pays d’origine. Que ce soit la nourriture, le carburant, les visites, aux exceptions près des endroits envahis par les touristes. En effet, un tour du monde hors des sentiers battus et à petit budget se fait en évitant les coins touristiques, où il y a trop de monde, des prix surfaits et en général affichés en dollars US. Leur moyen de transport leur offrant une grande autonomie, ils ont pu partir à la découverte de coins somptueux peu touristiques et bien plus beaux que les plus visités.


Un coin envahi…

Ils sont rentrés aussi avec des images et des anecdotes plein la tête, gravées pour la vie. Dans ma tête à moi aussi, les souvenirs se bousculent. Ils ont à leur actif près de 35'000 clichés, réalisé un site internet qui a occupé beaucoup de soirées dans la maison à roulettes, relatant leur aventures en pas moins de 75 récits, 17 galeries photos et multitude d’autres contenus. Ils ont visiblement étés bien suivis, puisqu'ils ont comptabilisé jusqu'à plus de 2'500 visites sur le site par mois! Peut-être leur voyage déclenchera-t-il d'autres vocations?


Soirée sous les étoiles.

Mes maîtres, et moi ensuite, nous sommes habitués vite et bien à ce mode de vie. Nous avons vécu avec le minimum. Le confort ne nous a pas vraiment manqué si ce n’est sur le retour avec le grand froid en Russie où même moi, chien des steppes, je devais me blottir sous ma couverture. La définition du confort peut varier entre les individus. Pour moi, ce fut grand luxe dès le premier jour. Un endroit rassurant, chaud et en plus douillet pour dormir et à manger à ma faim. La niche à roulettes n’est pas très grande, mais nous avons eu le monde comme jardin!


Un des nombreux bivouacs du voyage.

Ils ont fait de nombreuses rencontres; des locaux mais aussi quantité de voyageurs de tous âges, des retraités mais aussi des parents avec des enfants en bas-âge. Comme voyageurs, ils croisèrent essentiellement des Français et des Allemands. C’est en Amérique du Sud et au Canada qu’ils firent le plus de rencontres. En Australie ou en Nouvelle-Zélande, par exemple, ils ne virent aucun autre voyageur avec son propre véhicule. Ils n'avaient cependant pas la plus grande des niches à roulettes, Lucy s'est parfois sentie toute petite à côté de mastodontes de voyage croisés au long de la route.


Lucy se sent toute petite.

Ils ont vécu au rythme des saisons durant deux ans et ont constaté que les rythmes de vie sont bien différents d’un endroit à l’autre du globe. Du rythme plutôt relax en Amérique du Sud, aux Antilles, en Malaisie, à la nonchalance russe, en passant par le rythme de vie dicté par la nature en Mongolie ou ailleurs, à un rythme qui pourrait être qualifié de « normal » pour les Européens dans tous les autres pays visités, exception faite du Pays du Soleil Levant où il est particulièrement soutenu.


Au rythme de la nature.

Je n’ai pas vu le quart des animaux qu’ils ont croisés tout au long du parcours. Des gros, des petits, des curieux, des peureux, quelques venimeux en Australie et en Malaisie. Ouf que je n’y étais pas, ils m’auraient eu tout le temps à l’œil pour éviter que je ne me fasse piquer par un scorpion ou un scolopendre. Par contre, si j’avais été à bord quand ils ont croisé de près l’ourse au Japon, je peux vous dire, elle aurait vite déguerpi avec son ourson qui m’aurait fait un bon casse-croûte.


Charge d’ours au Japon.

Les pays qu’ils ont préférés sont le Japon, le Pérou et la Nouvelle-Calédonie. Le Japon pour ses paysages et son côté sauvage, son raffinement, son histoire, la gentillesse, la politesse et le dévouement des Japonais à l’égard d’étrangers comme nous, sans oublier ses bains thermaux, les onsen. Le Pérou pour son immense variété de climats et de paysages à couper le souffle, ses habitants, son authenticité, ses produits locaux et le coût de la vie. La Nouvelle-Calédonie pour son côté sauvage, ses coutumes, sa barrière de corail, sans oublier sa cuisine.


Petit coin de paradis au Japon.

Les pays qu’ils ont le moins appréciés sont l’Equateur, la Russie et la Nouvelle-Zélande. L’Equateur, qu’ils n’ont pas pu visiter car ils devaient organiser l’envoi de la maison roulante et qu’ils y ont eu passablement de stress, de montées d’adrénaline et qu’ils n’y ont pas rencontré beaucoup de personnes sympathiques à leur égard. La Russie, pour l'accueil peu agréable réservé aux étrangers, son climat glacial et parce que ça sentait la fin du voyage. La Nouvelle-Zélande, pour son côté trop attrape-touriste, son coût de la vie élevé et sa relative insécurité (vols dans les véhicules en particulier), qui les a restreints dans la visite de ce pays.


Campeurs, bienvenue en Nouvelle-Zélande!

L’itinéraire initial a dû être modifié, adapté plus d’une fois. La traversée de la Chine jusqu’au Népal et en Inde a dû être abandonnée rapidement, car les tarifs des guides chinois (obligatoires lorsqu’on est avec son propre véhicule) sont tout bonnement exorbitants. Le tracé de remplacement passait par l’Ukraine a dû être modifié également, en raison des problèmes politiques actuels dans ce pays. Le tracé a aussi été ajusté au fil des jours, en fonction de la météo, des conditions des routes ou des envies de mes maîtres de visiter un site ou d’explorer une région.


Quel tracé choisir?

Mon maître a pu assouvir sa passion de la pêche en de nombreux endroits. Néanmoins, ce ne fut pas toujours évident car il est difficile de découvrir des rivières lorsqu’on y est pour quelques jours à peine, voire seulement de passage pour quelques heures. Et c'est sans parler des permis de pêche pas faciles à obtenir, voire carrément impossibles, dans des endroits où la nature et les rivières ont été "privatisées".


Quelques poissons pris en voyage.

Il leur a fallu se réhabituer au retour et à la vie sédentaire. Moi, je ne savais même pas ce qu’était un appartement. Après quelques jours, tout est devenu plus clair; nous avions fait tous ces kilomètres depuis mon pays d’origine pour arriver dans ce qu’ils considèrent comme maison, moi qui croyais que c'était le bus... Toutefois, comme j'ai légèrement grandi, nous y serions maintenant un peu à l'étroit. Je me suis désormais bien habituée à une maison fixe, même si je préfère courir dans les bois, dans la neige ou après les mulots! J'espère néanmoins qu'on repartira vite vers de nouvelles aventures, pour pouvoir faire encore plein de nouvelles découvertes!


Séance de repos dans la niche!

Voilà, il y aurait encore tant d’autres choses et d'anecdotes à raconter mais il faut bien s’arrêter. Mes maîtres sont passés un peu partout pour des fous d’avoir tout lâché pendant deux ans, mais n’est-ce pas ça la vraie vie, vivre ses rêves plutôt que de rêver sa vie ?


Un rêve devenu réalité.

Mes maîtres et moi remercions toutes les personnes qui nous ont suivis, soutenus moralement et/ou financièrement dans notre épopée, qui nous ont hébergés, ouvert les bras, que ce soit pour un instant ou pour toujours.


Les globetrotters.



Dernier épisode de ce Tour du Monde, à quand le suivant? Lausanne, Suisse, le 02.04.2015