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Une Russie gelée

Après une nuit, pluvieuse pour changer, nous nous sommes aventurés dans la ville sibérienne de Ufa, engorgée, pour faire du change. Nous avons dû montrer pattes ultra blanches, contrôle et recontrôle suspicieux des passeports et des visas à la banque, sans compter que les francs suisses ne sont pas acceptés (!), seuls les euros et les dollars le sont. Heureusement, nous avions anticipé le coup. Le lendemain, samedi 11 octobre, nous sommes entrés en République du Tatarstan, une énième République théoriquement autonome de Russie, grande productrice de pétrole, assise sur de gros gisements. Le nombre de derricks le long de la route en témoigne. Du coup, l'essence était encore moins chère dans cette région (diesel à 0.60 CHF du litre).


Pétrole tatar.

Malgré son éloignement de la capitale russe et sa pseudo-autonomie, cette République vit à l'heure de Moscou. Ce fut alors de 2h que nous dûmes reculer les montres à notre arrivée dans ce territoire. Les jours ayant déjà bien raccourci depuis notre départ de Mongolie, nous nous retrouvâmes avec une nuit tombant à 17h et un lever du jour vers 8h. Autant dire qu'il n'a plus fallu tarder pendant les journées pour trouver des bivouacs corrects.


Lieu de camp au Tatarstan.

Par contre, ce qui ne changea point, ce fut le temps; il pleuvait toujours et ce depuis deux semaines à présent. A l'entrée de Naberezhnyye Chelny, plus au nord-ouest, comme dans toutes les villes de l'ex-URSS, la fumée des centrales à charbon envahissait le ciel.


Comme à la Grande Epoque.

Et de même les cages à poule de l'ère soviétique prévalaient dans l'architecture conférant à toutes les villes la même allure tristounette, habillées de gris.


Cages à lapins typiques.

Plus loin, à la petite ville de Mamadish, nous avons profité d'une source d'eau sortant d'un samovar géant pour rincer à fond nos réservoirs d'eau et refaire le plein. L'eau est en général de très mauvaise qualité en Russie, remplie de dépôts divers et douteux, colmatant le filtre à eau potable encore plus vite qu'ailleurs. Un nettoyage radical s'imposait, l'eau n'était quasiment plus consommable.


Aubaine à Mamadish.

Nous avons passé deux jours aux alentours de Kazan, la capitale du Tatarstan sur les rives de la Volga. Nous devions effectuer divers réparations et entretiens mais fûmes contraints de nous contenter du minimum, le delai de livraison de pièces étant long ou les garages n'étant pas équipés adéquatement. Seuls un joint de pont arrière qui fuyait a pu être remplacé et un impact dans le pare-brise vaguement réparé.


Mécanique à Kazan.

Benj jeta ses lignes dans ce fleuve mythique mais sans succès. Il faut dire que l'endroit était passablement exploité.


La Volga près de Kazan.

Nous ne sommes pas près d'oublier la nuit du 16 au 17 octobre et la journée qui suivit. La pluie qui durait depuis trois semaines se transforma en pluie givrante au cours de la nuit.


Le toit de Lucy givré...

Le matin, nous avons dû quitter prestement le lieu de camp de peur que des branches d'arbres croulant sous le poids de la glace et commençant à rompre ne s'écrasassent sur le bus.


et tout le paysage environnant aussi.

Le long de la route, certains arbres étaient pliés en deux comme des roseaux et des stalagtites se créaient partout. C'était incroyable, jamais nous n'avions vu ou vécu cela. Toute la nature s'est trouvée recouverte d'un manteau de glace.



Surréaliste!

Dans l'après-midi, toujours sous cette pluie givrante battante, réalisant qu'il serait extrêmement difficile de trouver un bivouac et dans le besoin tous les trois de dormir au sec et au chaud, nous nous sommes mis en quête d'un motel routier pour la nuit. Entre ceux qui n'avaient plus d'électricité à cause des lignes coupées par la glace et ceux qui n'acceptaient pas les chiens, l'entreprise s'avéra fort compliquée et ce ne fut qu'à la tombée du jour que nous en dénichâmes un. Une douche bien méritée nous réchauffa. Le soir, la pluie givrante tourna en neige, la température chuta à -15°C et l'hiver sibérien, en ce milieu d'octobre, s'installa définitivement. Le voyage prit désormais une autre dimension. Et le matin, il n'y avait plus ni eau, ni électricité au motel et le bus était givré. Il fallut s'acharner sur les portières pour les ouvrir! Les jours suivants furent rythmés par des balades, certes courtes et glaçantes, mais dans des paysages de toute beauté, des épisodes neigeux, des combines pour faire la vaisselle au chaud, après quelques jours à l'avoir faite dans la neige. Le froid est arrivé si soudainement que des champignons étaient congelés sur pied!


Amanite tue-mouche bonne jusqu'au printemps prochain.


Paysage sibérien hivernal.

Des astuces aussi et des réflexions pour garder de l'eau liquide, tous les jerrycans et le circuit d'eau avaient gelé. De toute façon, nous ne pouvions plus compter sur le fait de pouvoir ouvrir le coffre, souvent gelé lui aussi. Les vitres du bus revêtaient chaque matin leur couche de glace à l'intérieur même s'il devint nécessaire pour la première fois lors de ce tour du monde de laisser le chauffage au minimum pour la nuit et de dormir recouverts tous de plusieurs couches.


Les vitres de Lucy le matin.

Les Russes s'étaient déjà préparés à la venue de l'hiver, beaucoup de voitures arboraient des pneus à clous.


Pneus fréquemment rencontrés sur la route.

Certains endroits n'avaient reçu pas de neige mais les températures étaient si froides que des cristaux de givre poussaient partout, leur conférant, malgré les conditions extrêmes, une ambiance de Noël superbe avant l'heure.


Quelques jolis cristaux de givre.

Kawaï adore la glace, ça doit être dans ses gènes, même si c'est froid et qu'après elle apprécie bien de se reposer au chaud dans le bus.


Kawaï et ses occupations favorites.

A Moscou, le jeudi suivant, les températures étaient toujours glaciales et c'est congelés que nous avons déambulé sur la Place Rouge avec un petit chien très intéressé par les pigeons et les badauds. Les services russes devaient nous avoir à l'oeil.


Séverine et Kawaï sur la Place Rouge.

Cependant, nous pensions devoir nous garer à des kilomètres et nous avons eu la bonne surprise de trouver de la place près des cars déposant et attendant leurs touristes à deux pas de la Place Rouge. Par contre, quel boxon ce fut pour entrer et sortir de la capitale russe.


Lucy devant la Place Rouge et la cathédrale St-Basile-le-Bienheureux.

A Rzhev, la Volga commençait à geler, annonçant l'hiver aux habitants du coin.


Qui veut aller prendre un bain?

Quelques jours plus tard, dans les environs de Velikie Luki, la dernière ville avant la frontière, nous atteignîmes la limite de la vague de grand froid subie depuis près de deux semaines. Là-bas, nous nous sommes rendus chez le vétérinaire pour obtenir un certificat, le dernier sésame requis pour entrer Kawaï en Europe, 21 jours s'étant écoulés depuis son dernier vaccin. La nuit précédente, la dernière en Russie, il n'a pas gelé, cela faisait longtemps, et, levés tôt, nous avons bénéficié d'un très beau lever de soleil.


Dernier matin en Russie.



Suite au prochain épisode! Lausanne, Suisse, le 02.04.2015