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La sibérie orientale

Après près de deux jours de traversée depuis le Japon, nous débarquons en Russie à Vladivostok dans l'après-midi du 21 juillet. Une fois nos visas tamponnés, nous nous rendons au bureau représentant la compagnie de ferry. L'employé, comme son homologue japonaise, nous recommande de solliciter l'aide d'un agent pour s'occuper des procédures douanières afin de récupérer au plus vite Lucy. Lors des précédentes arrivées dans de nouveaux pays, nous avions privilégié de régler les formalités nous-mêmes en nous passant autant que faire se peut d'agents qui sont, selon nos expériences, somme toute peu efficaces et pas forcément nécessaires. Cependant, cette fois-ci, c'est un peu différent. Nous ne souhaitons pas rester plantés à Vladivostok ad aeternam afin de rejoindre rapidement la Mongolie et, au vu du coût d'une chambre chez l'habitant (près de 40 CHF), sans parler de celui d'une chambre d'hôtel (dès 90 CHF), mieux vaut s'en remettre à un agent qui connaît toutes les ficelles des douanes russes.

Le pari est gagnant puisque le lendemain en fin d'après-midi, Benj est au volant de Lucy, Séverine à son poste de copilote et nous pouvons quitter le terminal des ferries, sans même que les douanes n'aient jeté ne serait-ce qu'un coup d'oeil au véhicule! Bien-sûr nous savons comment ça fonctionne par ici et qu'une partie de l'argent payé a servi à les arroser, ce que nous ne cautionnons pas du tout mais, pour les motifs invoqués plus haut, nous assumons.


Vladivostok et son récent pont de la Corne d'Or.

Le but pour ces prochains jours est de rallier Ulan-Ude, près de la rive est du lac Baïkal où nous ferons nos visas pour la prochaine étape en Mongolie. Vladivostok est un embouteillage permanent, un moment fut nécessaire pour sortir de cette ville.


Comment se frayer un chemin?

Comme beaucoup de voitures d'occasion sont importées du Japon, une très grande partie du parc automobile a le volant à droite bien que la conduite se fasse à droite. Conduite donc que nous retrouvons après presque 9 mois à l'envers (Nouvelle-Zélande, Australie, Malaisie et Japon), excepté lors de notre retour provisoire en Suisse. Le long du trajet, l'état des routes fut d'une incroyable diversité. Parfois, l'asphalte étant fraîchement déposé, les lignes blanches pas encore peintes (le seront-elles un jour?), parfois des chantiers à ciel ouvert s'étendant sur des kilomètres, parfois un patchwork, parfois des montagnes russes. Maintenant, nous savons d'où provient le terme! Une chose est sure, les poules sibériennes sont énormes. Nous n'avons pas vu les bestioles mais elles doivent pondre des oeufs de la taille de Lucy puisque nous arrivons parfois à la mettre entière dans leurs nids!


Eventail des routes russes.

Nous avons traversé la ville de Khabarovsk, située au bord du fleuve Amur qui fait office de frontière naturelle avec la Chine.


L'Amur à Khabarovsk.

Nous avons remarqué dès l'arrivée en Russie que les infrastructures laissent vraiment à désirer ou font cruelleemnt défaut. De nombreux bâtiments et maisons ne sont pas entretenus et tombent presque en ruine, les stations-service datent de l'âge de pierre et n'ont pas d'eau, les WC, on n'en parle pas, mieux vaut s'abstenir. Le pire est que rien ne semble en voie de bouger. Les mammifères furent bien timides, excepté des chiens errants côtoyés comme en Amérique du Sud et toujours contents de se mettre quelque chose sous la dent. L'ordre le plus représenté fut de loin celui des insectes et en particulier ceux du type vampire. Des taons, des gros, et des moustiques en quantité impressionnante. Heureusement, à notre grande surprise, de très beaux papillons colorés, de jolie taille, furent aussi de la partie. Nous avons vu également des oiseaux, tels que des grues.


Papillon sibérien.

Le samedi 26 juillet, après voir passé la nuit au bord d'un affluent de l'Amur, nous avons décidé d'aller à Pashkovo, un bled un peu plus loin au bord du fleuve, pour le voir et acheter du pain et des fruits. Grande idée! A peine sortis de l'épicerie que des militaires russes nous tombent dessus. Ils nous retiennent le temps, disent-ils, de vérifier nos papiers et ce que nous faisons ici. Cette zone frontalière est, nous expliquent-ils, interdite aux étrangers car la Chine est toute proche, le fleuve n'étant à cet endroit pas bien large. Les heures passent, nous patientons calmement mais ne descendons pas du bus et refusons de les accompagner dans leurs locaux. Ils multiplient les coups de fil, les officiers défilent et nous questionnent et nous n'avons toujours pas le droit de partir. Ils veulent, en fin de matinée, nous faire signer des documents qui stipulent, soi-disant, que nous sommmes des touristes, que nous serons relâchés sans amende, etc. Le hic est que toute cette paperasse est en russe, que l'interprète qu'ils ont fait venir n'est pas officielle mais l'officieuse d'un responsable venu avec elle et elle parle mal l'anglais. Nous leur disons alors que nous ne signerons pas quelque chose que nous ne comprenons pas et que nous voulons téléphoner à notre Ambassade. Le coup de fil passé avec leur portable, voyant la machine enclenchée (et leur forfait de téléphone commencé à fondre comme neige au soleil), et ayant compris que les militaires du barrage censés filtrer les quidams plus haut sur la route n'étaient pas à leur poste quand nous sommes passés, ils finissent en début d'après-midi par nous relâcher et nous escortent jusqu'à la route principale. Ouf! Après presque 4h retenus, nous sommes libres et avons évité le goulag.


Pashkovo et l'Amur dans la brume matinale.

Ce n'était pas notre jour. Plus tard, un bruit suspect se fait entendre en roulant. Benj ne met pas long à savoir que ce fichu joint, la dernière fois changé au Japon, n'a pas tenu. Nous commençons la réparation en fin de journée et terminons à 4h du mat! Benj dans le rôle de mécano et Séverine dans celui d'assistante et d'intendante. Heureusement, nous avions encore un joint en stock que le mécano au Japon nous avait donné. Gageons que cette fois il tienne! Prions!


Boulot de nuit dans le cambouis.

Les jours suivants, nous avons bien progressé et sommes passés par Chernichevsk et Chita. La première, une petite ville sibérienne, la seconde bien plus grande. Toutes deux, tristounettes, en piteux état, à l'allure soviétique et figées dans le temps, comme toutes les villes sur le trajet.

Un joli tronçon fut celui entre Chita et Ulan-Ude en prenant par un itinéraire au nord de la route principale. Il faut préciser que depuis Vladivostok il n'y a quasiment que la route principale, suivant essentiellement le Transsibérien, et aucun moyen d'en dévier. Les différents paysages sibériens s'enchaînent: de belles prairies fleuries entourant de petits lacs, des zones boisées, plates ou vallonnées en arrière fond et des rivières, hélas sans poisson.


Paysages sibériens.

Nous avons atteint Ulan-Ude le vendredi 1er août, une grande localité de plus de 400'000 âmes à quelque 200km au sud-est du lac Baïkal. Grâce à un wifi capté au parking du Consulat mongol en attendant qu'il ouvre pour y demander un visa, nous apprenons que depuis la mi-juillet de nombreux pays, dont la Suisse, n'ont plus besoin de visa pour un séjour de maximum 30 jours. Quelle aubaine! Une formalité de moins à faire. Restera à faire prolonger cette durée une fois en Mongolie. Nous verrons bien où, le Consulat ne le sachant pas lui-même. Même topo lorsque nous tentons de nous renseigner pour les permis de pêche, l'employé nous envoie à Ulaan-Baatar et de nous dire encore que 30 jours c'est amplement suffisant pour visiter son pays! Après avoir fait le plein de produits frais, une denrée assez rare en Mongolie, nous prenons la direction de la frontière et passons la nuit à l'écart de la route. Nous passerons la frontière demain, une autre paire de manches en perspective à ce que nous avons lu et entendu.


Ulan-Ude.



Suite au prochain épisode! Mörön, Mongolie, le 21.08.2014